Plumes, poils, bigre !

Isaure Goffin
01 octobre 2020

De fines plumes entrelacées, le pelage d’un ours bouclé, la fourrure d’un chat mal léché ? Au mur d’entrée de la Hopstreet Gallery s’élève un premier trompe-l’œil de l’artiste belge Tinus Vermeersch (°1976). En s’interrogeant sur ce qui est représenté, notre regard poursuit sa lancée sur les autres œuvres, toutes du même artiste à l’honneur. Peu à peu, l’évidence se fait jour : le même motif duveteux et inconnu se retrouve dans toutes ses créations.

Dans ses peintures, ses céramiques et dessins, cette boule de poils, de plumes se met à marcher sur deux jambes, à pêcher, à promener son chien… Parfois, elle s’affiche avec un bec d’oiseau, évoque une vague furieuse ou un arbre centenaire. L’artiste l’aurait nommée Tergumen. Parfois, elle est côtoyée par un ou plusieurs humains, qui l’ignorent et vaquent à leur occupation quotidienne. La difformité, la grandeur et la turbulence de cette pelote vivante ne les effraient pas. Invention abstraite de l’artiste ou représentation vivante d’une nature malmenée, nul ne sait réellement ce qu’elle est. Elle éblouit toutefois par les courbes virtuoses de ses poils retroussés.

En l’observant au fil de nos pas, nous apparaissent en tête les petits êtres fantastiques des très célèbres peintres Bosch et Brueghel l’Ancien, ces petits êtres difformes et diffus qui parcourent les landes flamandes et néerlandaises. Mais ici, pas de paysages ou presque, notre animal est cadré de plein fouet. Il est peint au milieu de nulle part ou s’érige fièrement en sculpture.

Aux côtés des œuvres apparaissent çà et là d’autres objets mystérieux : un cagot de pommes vide, des disques en métal, un cube de bois, une vieille brosse. Leurs couleurs pastel crème et leur texture fibreuse rehaussent harmonieusement les œuvres exposées, les duvets bouclés, les cannes à pêche tendues et les couleurs délavées des céramiques. Objets fonctionnels et œuvres d’art se font écho. L’artiste nous offre ainsi un aperçu de son monde, qu’il soit fait d’art, de décor ou d’ombres.

Tinus Vermeersch
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Hopstreet Gallery
109, rue Saint-Georges
1050 Bruxelles
Jusqu’au 24 octobre
Du jeudi au vendredi, de 13h à 18h
www.hopstreet.be/

Isaure Goffin

Journaliste