Christophe est amoureux

Muriel de Crayencour
23 septembre 2020

A la Maison des Arts de Schaerbeek, l'exposition Tomber en amour met en lumière la Collection Veys-Verhaevert, sous le commissariat de Christophe Veys, collectionneur, commissaire indépendant hyperactif et professeur à Arts2 - Ecole supérieure des Arts de Mons. 

Tomber en amour est une expression québécoise qui décrit bien le vertige de la chute amoureuse. L'amour, ce sentiment qui vous attrape, vous surprend au détour d'une journée que vous pensiez vide, vous emporte, vous fait vibrer. L'amour est le thème de la délicate exposition à voir jusqu'au 1er novembre à la Maison des Arts. Plus de 40 artistes issus de la collection Veys-Verhaevert y sont présentés. 

Dans le hall d'entrée, une pièce de tissu lamé doré trouée de 4 cercles qui laissent apparaître le fond sur lequel l'œuvre est fixée par deux clous. Chaque fois qu'un visiteur entre dans la maison, l'œuvre frémit, flotte, tremble. C'est une pièce de Klaas Kloosterboer, un peintre qui cherche à interroger le support. "Chaque acquisition est comme une histoire d'amour qui débute. Et la collection, ça n'a pas à voir qu'avec l'économie, il s'agit d'abord d'émotion ", raconte Veys, qui aime à présenter cette œuvre comme la seule pièce un peu Dalida de sa collection. 

Dans le petit salon, merveilleuse chemise de Sandra Przyczynski, rehaussée de la résistance d'une couverture chauffante, du côté gauche, celui du cœur, pour pouvoir retrouver la chaleur de l'être aimé. A côté, sur une table frigorifique, deux alliances de lait de Takahiro Kudo nous racontent la fragilité du lien amoureux. Cependant, le collectionneur peut, lui, renouveler sans fin ces deux alliances de lait, en plaçant les moules fournis par l'artiste, remplis de lait, dans son congélateur. Sur le marbre de la cheminée, Les larmes de Christophe, œuvre délicate de Myriam Louyest, évoquent les larmes qui perlent si souvent sur les joues de son ami collectionneur.

Dans le grand salon, sur le thème de l'amour que l'on reçoit, plusieurs artistes (Juan Canizares, Heide Hinrichs, Bernard Gaube, Detanico & Lain) entourent un délicieux portrait ancien d'un petit enfant. Ce pastel se trouvait dans la maison de la grand-mère maternelle de Veys. Il en a hérité et cette œuvre représente pour lui le lien d'amour et l'apprentissage de ce lien. 

Toujours sur le thème de l'amour que l'on reçoit, l'espace de la bibliothèque est dédié au grand-père de Christophe Veys. Au centre, un large cercle composé de nombreux maillets de bois, rassemblé par l'artiste Rokko Miyoshi, pour évoquer l'idée de collection, mais aussi le goût du travail bien fait. Une belle vidéo d'Edith Dekyndt sur la fragilité de l'amour, mais aussi Pierre Gerard, Adam Vakar, Katarzyna Przezwanka, Lise Duclaux, Myriam Hornard, Edurne Rubio, Pep Vidal.

Au premier étage, d'autres découvertes, sur les thèmes de l'amour de l'art, aimer les autres et s'aimer soi, être deux - délicieuse pièce du duo d'artistes gerlach en koop - le langage secret de l'amour, être ou ne pas être père. 

"Le collectionneur pourrait être un artiste sans art, celui qui articule les œuvres des autres pour dresser cet autoportrait qui témoigne de ses goût, des hasards de ses pérégrinations. Celui qui a aussi le désir d'être aux côtés des artistes. Pour leur dire : ma vie sans ce que tu produis n'aurait pas le même sens ", détaille le commissaire dans l'édito du catalogue. 

Au fil de la visite, c'est toute la délicatesse de celui-ci, amoureux de ses œuvres, et tout le sensible de celles-ci, qui émergent. Même si, parfois, le lien de certaines œuvres avec le thème de l'amour semble un peu tiré par les cheveux, la proposition est belle et touchante. Un catalogue vous accompagne dans votre visite. Et si vous êtes émus, la trace de cette émotion vous sera offerte à la fin de la visite, sous la forme d'une larme de verre créée par Myriam Louyest, dans une petite enveloppe blanche donnée à chaque visiteur. A emporter au creux de la main comme le plus précieux des cadeau, et peut-être, le début d'une collection amoureuse.

Tomber en amour
Maison des Arts de Schaerbeek

147 chaussée de Haecht
1030 Bruxelles
Jusqu’au 1er novembre
Du mardi au vendredi de 10h à 17h, le samedi de 14h à 18h
https://lamaisondesarts.be/

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo, Marianne Belgique et M Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et sur la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.