Tournai, plus que jamais capitale de la tapisserie

Gilles Bechet
29 septembre 2020

En sortant les plus belles pièces de ses réserves, le Tamat, à Tournai, remet en lumière la richesse de ses collections et la grande variété expressive de l’art de la tapisserie moderne et contemporaine.

Un petit symbole en forme de tour dans le liseré inférieur de la tapisserie indique son origine tournaisienne. Il fut généralisé sous le règne de Charles Quint pour identifier le lieu de production car, à l’époque dans nos contrées, plusieurs cités licières, Bruges, Bruxelles et Tournai rivalisaient dans la création des tapisseries les plus somptueuses. Aujourd’hui, dans la capitale Picarde, la tapisserie n’est pas que de l’histoire ancienne, car avec le Tamat la ville accueille un lieu unique en Belgique. Installé dans un hôtel de maître néoclassique situé à deux pas du Musée des Beaux-Arts, le Centre de la Tapisserie, des Arts muraux et des Arts du Tissu rassemble sous le même toit des salles d’exposition, un centre de conservation et de restauration, ainsi que des ateliers de recherche ouverts à des étudiant.es boursier.es. Pour mettre en lumière la richesse de ses collections patrimoniales, le Tamat les présente dans une exposition qui revient sur la riche histoire de la tapisserie contemporaine, en Belgique surtout.

Rénover la tapisserie de Tournai

Fier de ses racines, le musée expose huit tapisseries du 16e siècle, parmi lesquelles une commande de Philippe le Bon pour décorer l’Hôtel des Chevaliers de la Toison d’Or. L’histoire de Gédéon raconte le siège de Jérusalem par les Romains avec des personnages habillés comme au XVe siècle. Une fascinante plongée dans l’époque des ducs de Bourgogne. S’il y a eu quelques initiatives avant-guerre, l’histoire de la tapisserie contemporaine commence avec le collectif Forces murales. Roger Somville, Edmond Dubrunfaut et Louis Deltour s’associent en 1947 avec l’objectif de rénover la tapisserie de Tournai et les arts muraux en général. Dans l’esprit de reconstruction de l’époque, le propos est social, magnifiant la figure du travailleur et de l’homme du peuple. En France, le mouvement de rénovation est initié entre autres par Jean Lurcat, qui a collaboré avec Le Corbusier pour renouveler le langage de la tapisserie en l’associant à l’architecture. En témoigne une étonnante Salamandre, entre imagerie orientale et halo psychédélique.

Une ballade dans les années 1960 à 1980 témoigne de la force visuelle et de la diversité du langage propre de la tapisserie. Des peintres s’y intéressent. On voit apparaître de plus en plus de femmes et on y découvre des correspondances inattendues comme le Nocturne de Mary Dampiermont, qui aurait pu sortir des passages les plus sombres de La Belle au bois dormant de Disney.

Une poétique présence

Puis vient le travail du volume et de la matière, avec l’intrusion de nouveaux matériaux tels la corde, le crin et le sisal comme dans La sauvage, rattaché à la période africaine de Tapta, ou l’impressionnant et touffu Incendie forestier de Veerle Dupont. Au troisième et dernier étage, on aborde la période contemporaine, où la tapisserie prend toutes les libertés.

Jean-François Octave reste fidèle à la technique de la tapisserie pour l’amener dans une monumentale composition tridimensionnelle qui interpelle le spectateur de son regard paisible. Marce Truyens fusionne sculpture et tapisserie avec ces tipis en bronze qui reproduisent les entrelacs du tissage. Dans sa longue robe crochetée en coton et lurex, Olga Boldyreff crée une poétique présence par l’absence de forme humaine. Boursière en 2015, Caroline Fainke a mené une réflexion sur l’envers des textiles, face cachée et négligée qui renvoie à toutes ces petites mains qui s’affairent dans la laborieuse production des biens de consommation qui inondent la planète, compressés dans des conteneurs. Libérée des murs et de l’emploi exclusif du textile, la tapisserie se diversifie et se montre telle qu’elle est désormais, un art fondamentalement hétérogène où les formes, la matière et la couleur se cherchent et se trouvent.

Tamat on show
Tamat
9 place Reine-Astrid
7500 Tournai
Jusqu’au 21 février 2021
Du mercredi au lundi
De 9h30 à 12h30 et de 13h30 à 17h30
A partir du 1er novembre
De 9h30 à 12h et de 14h à 17h
Fermeture le dimanche matin
www.tamat.be

Gilles Bechet

Journaliste

Il n’imagine pas un monde sans art. Comment sinon refléter et traduire la beauté, la douceur, la sauvagerie et l’absurdité des mondes d’hier et d’aujourd’hui ? Écrire sur l’art est pour lui un plaisir autant qu’une nécessité. Journaliste indépendant, passionné et curieux de toutes les métamorphoses artistiques, il collabore également à Bruzz, Bazar Magazin et C!RQ en Capitale.