A Liège, Howard Carter raconte Toutankhamon

Muriel de Crayencour
01 février 2020

Le 22 novembre 1922, Howard Carter, qui en est à sa sixième campagne de fouilles, découvre presque fortuitement la tombe du jeune pharaon Toutankhamon, mort à 18 ans. Une exposition imaginée par Europa Expo à la gare des Guillemins à Liège vous emmène dans l'aventure de cette découverte. Une plongée dans deux époques, toutes deux richement évoquées, les années 1920 et l'Egypte ancienne, 33 siècles plus tôt.

Toutankhamon, à la découverte du pharaon oublié est construite comme une narration, super efficace, faite par Howard Carter lui-même. On y plonge comme dans une enquête haletante. Le jeune Carter, fils de Samuel John Carter, un peintre animalier et paysagiste dont il hérite des talents de dessinateur et d'aquarelliste, a dix-sept ans lorsqu'il est présenté à Percy Edward Newberry, un égyptologue de la Société d'exploration de l'Égypte, qui l'engage pour recopier à l'aquarelle les fresques des tombes de Beni Hassan. Le jeune homme britannique est aussitôt charmé par l'Égypte et il se passionne pour les fouilles.

En Egypte depuis 1892, tantôt au service des fouilles étrangères, tantôt comme aquarelliste vendant ses œuvres aux touristes, Carter se fait engager en 1907 par lord Carnarvon, richissime mécène féru d'archéologie, qui fouille depuis deux ans en amateur, sans grand succès, la vallée des Rois. En 1915, ils reprennent la concession arrivée à expiration de Theodore Monroe Davis, persuadé que la vallée a livré tous ses secrets. 

En 1922, Carnarvon, découragé, annonce son intention d'arrêter. Carter demande de poursuivre une année de plus. Les campagnes de fouille ont lieu en hiver, quand il ne fait pas trop chaud. Il s'intéresse à un périmètre dont il constate que nul ne l'a jamais prospecté, situé près de l'entrée du tombeau de Ramsès VI, lieu très prisé des touristes. Le à l'aube, on dégage une marche en pierre de taille, puis une autre. C'est le début de la découverte de ce tombeau fabuleux, que Carter et son équipe mettront 10 années à fouiller et étudier !

Entrez dans l'histoire

L'exposition démarre avec une exceptionnelle série de photos anciennes montrant Carter sur quelque chaise en osier, pantalon et veston de lin clair, chemise blanc et nœud papillon, chaussures en cuir blanc. C'est aussi dans cette tenue que ses collègues et lui fouillent, toujours impeccables ! Inimaginable aujourd'hui, à l'ère du tee-shirt détendu ! Rien que cette série de photographies sépia vaut le déplacement. Une salle reconstitue un bateau de bois naviguant sur le Nil dans les années 1920, on se croirait dans le film d'Agatha Christie Mort sur le Nil !

La découverte et la première entrée dans le tombeau sont présentées via un court métrage. De nombreuses personnalités, dont la reine Elisabeth de Belgique et son fils Léopold, assistèrent à l'ouverture officielle de celui-ci. Juste après, les trois salles remplies de trésors sont reconstituées avec les répliques des centaines d'objets d'art en bois doré, chars, lits, coffres, vases en albâtre, réserves de nourriture... L'effet est saisissant ! L’ensemble de l’équipement funéraire de Toutankhamon a été recréé par des artisans spécialisés afin de reconstituer sa tombe à l’identique. 250 objets sont directement issus des ateliers du Musée du Caire.

Plus loin, une réplique grandeur nature du sarcophage permet de comprendre comment il fut extrait de son tombeau de pierre. Photographies, dessins, guide sonore, films d'époque ou reconstitution d'aujourd'hui accompagnent les quelque 150 sculptures de pierre et objets originaux et rendent la visite passionnante. L'ensemble, riche en informations et extrêmement ludique, est structuré par une scénographie qui vous donne l'impression d'être dans un jeu vidéo à énigmes. Il y a d'ailleurs un escape game dans l'expo pour les amateurs. A voir à tout âge, vraiment !

Toutankhamon, à la découverte du pharaon oublié
Gare TGV Liège-Guillemins
4000 Liège
Jusqu'au 31 mai
7j/7 de 10h à 18h30
www.europaexpo.be/

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo, Marianne Belgique et M Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et sur la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.