Traits pour traits

Muriel de Crayencour
09 janvier 2014

La ligne claire d’Ever Meulen, parfaitement sophistiquée, est à voir chez Champaka. Il faut aller admirer le travail de ce redoutable dessinateur qui combine depuis plus de 40 ans l’héritage de Hergé, Franquin et Jacobs dans ses illustrations fouillées d’affiches, pochettes de disques ou pour la presse. C’est un des rares dessinateurs belges contemporains à avoir acquis le statut d’illustrateur international. Ses images lisibles d’un coup d’œil (pas facile à faire !), se savourent plus longuement, lorsqu’on découvre toute la vie qui se cache derrière les détails graphiques (architectures, voitures, personnages sautillants) qu’affectionne l’artiste. Il y a aussi des palmiers, des chiens, des ombres portées colorées en vert, des mises en abîme du sujet…

Une inspiration issue de l’iconographie des années 50, que Ever Meulen aime et a aimé avant tout le monde, à l’époque où l’on trouvait des vieux juke-box  pour quelques francs sur les marchés au puces. L’artiste parle de son travail comme d’un artisanat, un ouvrage mis et remis sur la table à dessin. « Je ne dessine pas la réalité. J’aime en jouer pour arriver à trouver des solutions intéressantes, un peu loufoques, surréalistes peut-être. Comme je travaille longtemps sur mes dessins, il y a plein d’idées qui les nourrissent en cours de gestation. »

Ever Meulen
Galerie Champaka
 Bruxelles


Poète, romancier, dramaturge, essayiste, Eugène Savitzkaya est tout cela à la fois. Un homme de lettres donc. Ou plutôt un homme de plume, puisqu’il dessine aussi. Le galeriste Didier Devillez présente pour la deuxième fois les élucubrations à l’encre de cet écrivain prolifique qui triture la ligne autant qu’il triture la langue dans ses écrits.

Eugène Savitzkaya a publié ses premiers poèmes très jeune (en 1972), qui lui ont valu en Belgique et en France une reconnaissance précoce. Il a été pensionnaire à la Villa Médicis à Rome. On lui doit des textes de théâtre, notamment pour le groupe Transquinquennal. Il dessine à l’encre, journellement, avec ses outils d’écrivain, dans un deuxième geste, qui suit les heures d’écriture. C’est un de ses amis qui découvre sur sa table de travail les dessins qu’il fait sur des rouleaux de papier destinés aux sismographes. S’en suit une première exposition en 2005. Savitzkaya est le premier surpris du succès de ses divagations à l’encre de chine. Il semble jeter sur le papier, en direct des recoins les plus reculés de son cœur, un magna d’émotions délicates et complexes. Parfois, son trait s’étire sur près de  mètre. On y lit une sensation, à la limite entre abstraction et figuration. Elles sont à voir aujourd’hui, à la Galerie Devillez, accompagnées des œuvres de Calone (encres sur papier à musique) et de Jacques Keguenne (écritures spontanées).

 

Rythmes
Galerie Didier Devillez
Bruxelles


Paru dans L'Echo en 2010

 

Muriel de Crayencour

Fondatrice

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo, Marianne Belgique et M Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et sur la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.

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