Et pourquoi pas de la poésie

Manon Paulus
23 septembre 2021

En cette rentrée culturelle 2021 particulièrement dense, la capitale s'explore. Faisons un détour du côté de Transformers, un artist-run space qui présente l’exposition Et pourquoi pas de la poésie de deux jeunes artistes issus de La Cambre, Arthur Delhaye et Diego Wery, à voir jusqu’au 26 septembre.

Alors que la Brussels Gallery Weekend, la Brussels Drawing Week ou encore Art on Paper nous ont fait arpenter galeries, musées et autres lieux d’arts, on en oublie parfois qu’en dehors de ces circuits qui font autorité, d’autres espaces empruntent une voie différente pour permettre à la création d’exister. C’est le cas de Transformers, un lieu alternatif ouvert en 2015 par Sylvie Rodriguez et Sabine Wannenmacher, dans l’idée de développer un réseau d’artistes aussi local qu’étendu. Arthur Delhaye et Diego Wery y présentent leur première exposition commune, fruit d’un dialogue sincère entre ces deux amis. Le résultat se situe quelque part entre la rêverie, le bizarre et le banal. L’espace d’exposition se voit peuplé de figures à l’aspect fantomatique, monstrueux… voire même humain. Entre la forme et l’informe, il n’y a que quelques pas.

Diego Wery, représenté par la galerie parisienne Valeria Cetraro, expose ses grandes huiles sur toiles peuplées de figures humaines ou anthropomorphes qui évoluent dans des décors indéfinis. Baignés dans la couleur pour seul contexte, ses personnages parfois énigmatiques sont arrachés du quotidien et de tout particularisme. Ses toiles deviennent alors affaires de signes, de symboles, de citations. Fortement influencé par le maniérisme, Wery assimile ces enseignements et les recrache d’une façon tout à fait singulière, notamment dans le choix des couleurs et de ce rose omniprésent dans ses tableaux. C’est dans cet espace-temps particulier chargé par l’Histoire et ouvert au champ des possibles, que l’artiste peut explorer les normes sociales, les identités, les relations homme-femme. Et pourquoi pas suggérer leur enlisement, leur épuisement ou leur mutation... à demi-mot.

Dessinateur de formation, Arthur Delhaye développe ces dernières années une pratique de la sculpture. Dans son travail, il ne peut s’empêcher de ramener l’homme à ses considérations les plus primales, le mettre à nu pour dépoussiérer ce qu’on ne voyait plus. Il nous rapporte au transit, à l’ingestion, à nos paysages internes et à la nourriture qui rythme la journée de l’humanité toute entière. Les sculptures sont d’ailleurs traversées de part en part ou percées de trous, de creux. À l’intérieur d’une cavité, un memento mori : une goutte tombe à intervalle régulier dans une sorte de grotte. Il y a cette envie de suggérer l’intérieur, son flux. L’extérieur, lui, est toujours en (dé)formation, se révèle comme inachevé ou incomplet, à la recherche d’une identité définitive ; à l’image finalement de l’homme, sans cesse remodelé par son contexte.

Le finissage de l’exposition aura lieu ce dimanche à partir de 16h00, l’occasion de croiser les artistes et les gérantes du lieu.

Arthur Delhaye et Diego Wery
Et pourquoi pas de la poésie
Transformers
33, rue Joseph Claes
1060 Saint-Gilles

Jusqu'au 26 septembre
Du samedi au dimanche de 14h à 18h

Manon Paulus

Journaliste

Formée à l’anthropologie à l’Université libre de Bruxelles, elle s’intéresse à l’humain. L’aborder via l’art alimente sa propre compréhension. Elle aime particulièrement écrire sur les convergences que ces deux disciplines peuvent entretenir.