Triennale de la Gravure au musée de la Boverie

Eric Valenne
25 septembre 2021

Après deux ans d’absence, voici le grand retour de la désormais Triennale de la Gravure... Et en parallèle, la Fête de la Gravure dans une trentaine de lieux de la Cité ardente. 

Les réalisations d’une cinquantaine d’artistes ont été sélectionnées pour ce grand rendez-vous international parmi plus de 470 candidatures venues de 62 pays. Et les 48 sélectionnés qui sont exposés avec 200 œuvres offrent autant de diversité dans la créativité que dans les supports utilisés et les questionnements sur soi-même ou notre société.

Parmi les artistes se trouvent notamment le Belge Georges Amerlynck et ses monotypes raconteurs de villes détruites fumantes de gravas ; le Japonais Masaaki Sujita et ses gravures comme issues de BD à la façon œuvres burinées de Dürer ; l’Allemand Andreas Rosenthal et sa série de xylogravures... A ces œuvres s’ajoutent un incroyable foisonnement d’idées et de techniques comme celle de l’Italienne Andrea Serafini dont les eaux-fortes racontent des scènes urbaines aux allures de photographies en noir et blanc, ainsi que l’Ukrainienne Olesya Dzhurayeva et ses linogravures Blue my sky nimbées de nuages, ou encore le Finlandais Janne Laine et ses travaux inspirés par les photographies de ses voyages. Si la Hollandaise Marcelle Hanselaar propose une série de trente eaux-fortes, Crying Game sur les guerres du Proche-Orient aux terribles images de violence, la série d’estampes à domicile de la surdouée britannique d’origine vietnamienne Wuon-Gean Ho semble née du mariage entre la carte postale et le journal intime. Quant à la Française Soul K., c’est sur des cartons de lait qu’elle répète jusqu’à la disparition la phrase terrible répétée 42 fois par Juliette « Je veux pas mourir avant d’être morte », laquelle refuse les soins salvateurs dans cette reprise du film La maladie d’amour de Jacques Deray. Toujours cette thématique de l’effacement et de la disparition qui hante les graveurs.     

Mentionnons encore le Polonais Roman Klonek et ses impressions colorées sur bois aux allures de « culture pop » ; la Chinoise Jia Shan et son installation ondulante et verte dans laquelle on entre comme pour se perdre au-delà des « distances » ; l’Américain Edward Bateman et ses « impressions aux pigments par décomposition chimique végétale » où les feuilles d’arbres renvoient par la chimie la lumière emmagasinée lors de la photosynthèse ; ou encore l’Indienne Prya Bhagat et sa série The Scroll aux ambiances de scènes de rue qui racontent autant d’histoires de femmes. Plus intime, la Croate Ana Vivoda explore en 14 toiles quasi immaculées et suspendues le délicat corps d’une femme. A deviner dans Interactions. La liste est encore longue d’œuvres passionnantes à découvrir à la Boverie !

Terminons par les travaux des deux jeunes lauréats belges (coïncidence) qui cette année, se partagent le prix : Roman Couchard (27 ans) et Camille Dufour (30 ans). Le premier est fasciné par l’Urbex (Urban exploration) et a décidé de représenter une séquence vue régulièrement depuis la fenêtre d’un train, laquelle a livré un sanatorium abandonné habité par les affres de la désolation. Ce panoramique est décliné sur du plexiglass. Egalement lauréate, Camille Dufour signe Lavandière de la Nuit. Gravées sur d’imposantes planches de bois, elles représentent des scènes apocalyptiques où l’on reconnaît un champignon atomique, les tours jumelles de Wall Street et celle de Babel mélangées de corps humains traversés de métal et de destructions. Les planches ont été frottées au savon d’Alep (ville martyre de Syrie où l’artiste a séjourné) et ce, répétées jusqu’à l’épuisement des encres. Comme pour laver dans un combat symbolique les maux de nos sociétés jusqu’à la blancheur et la pureté. A l’instar de ces légendaires lavandières de nuit qui devaient laver le linge à l’infini pour effacer les péchés. Toujours cette idée de la répétition et de l’effacement qui hante les œuvres des artistes.

La Triennale de la Gravure est également l’occasion d’admirer le travail de sérigraphie de l’un des fondateurs du mouvement  Supports / Surfaces, Claude Viallat (Nîmes, 1936).

 

Triennale internationale de gravure
et
Claude Viallat
Monoprints 
La Boverie
Parc de la Boverie
4020 Liège
Jusqu'au 17 octobre 
www.laboverie.com

Eric Valenne

Journaliste