Ultraviolette solitude

Muriel de Crayencour
11 juin 2015

« Le papier, nuit blanche. Et les plages désertes des yeux du rêveur. Le cœur tremble. … Il y a autant de merveilles dans un verre de vin que dans le fond de la mer », écrivaient à quatre mains ou à deux plumes Paul Eluard et Man Ray. Comme ceux-là pratiquaient l’écriture automatique, Christof Mascher pratique la peinture automatique, celle qui échappe à son auteur, celle qui n’a ni début ni fin, celle dont le rythme dépend de l’instant présent et de ce qu’il a à offrir.

Influencé par ses activités de hip-hop et de graffiti dans les années 1990, Christof Mascher peint en composant sous forme d’associations, de collage. Dans un paysage, il ajoute un personnage de BD ou un élément de mobilier, d’architecture. Ce sont des puzzles, habités par d’étranges objets, personnages ou végétaux. Mais de toute façon, qu’importe le sujet, puisque ce qui fascine et envoûte chez Mascher, c’est une palette subtile et délicate, tout en transparence, directement influencée par la tradition de la peinture ancienne.

Que ce soit pour ses grands formats à l’acrylique ou pour les petites aquarelles qu’il produit chaque jour, ce sont les bleus, les mauves, les parmes, résonnant en une lente allégresse avec les bruns de terre délavée ou lourde, teintés parfois de rose, qui nous font faire le voyage. Ici un toit, là une mare, là un pont, des arcades, un arbre ou une porte, une clôture. Tous ces éléments sont baignés dans une lueur violette – presque ultraviolette – comme le plan fixe d’un vieux film recolorisé ou comme les impressions laissées par un rêve au milieu de la nuit. C’est à la fois d’aujourd’hui et plongeant profondément dans les racines de l’histoire de l’art. C’est précis et langoureux comme une poésie surréaliste.

Christof Mascher est né en 1979 à Hanovre. Il vit et travaille à Braunschweig, en Allemagne. Il a exposé à la Kunsthalle de Emden, au Museum of Modern Art de Goslar, mais aussi à Berlin, Londres, Athènes et Los Angeles.

 

Christof Mascher
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Hopstreet Gallery
109 rue Saint Georges
Rivoli Building
1050 Bruxelles
Jusqu’au 11 juillet
Du jeudi au samedi de 13h à 18h
www.hopstreet.be

 

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo, Marianne Belgique et M Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et sur la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.