Un paon se plaignant à Junon

Manon Paulus
23 septembre 2021

Qui dit rentrée, dit nouveaux résidents pour la Fondation Moonens. Avant leur arrivée prévue en octobre, les lieux ont joyeusement retrouvé un peu d’animation notamment pendant la Brussels Drawing Week, avec deux expositions dont Un paon se plaignant à Junon, visible jusqu’au 26 septembre.

Sur une proposition de Laurent de Meyer, l’exposition réunit les œuvres de 4 artistes dans le project space de la Fondation. Un paon se plaignant à Junon fait bien référence à la fable de La Fontaine mais ce n’est pas pour autant une invitation à tomber dans ce registre. Non, ici, pas de morale ni leçon de vie ; on leur préfère l’impulsion, l’appétit et la témérité. Ici, les artistes se retrouvent liées par leur pratique franche et la volonté de multiplier les expérimentations. Plus encore, elles se jouent des frontières ténues qui séparent parfois avec étroitesse les disciplines, les genres, les finalités. Elles proposent, à la place, de célébrer les points où ils se rejoignent. Et là-bas, tout est couleur, forme et volupté.

Deux toiles d’Aurélie Gravas font office d’amuse-bouches. Des contours familiers mais hétéroclites tiennent ensemble dans un espace apparemment intérieur. Poisson, table, fleur, pied. On retrouve plusieurs des formes qui composent le lexique de l’artiste. Sans prémâcher ni épiloguer, la peintre nous accueille à coup de couleurs, de gestes et de matières. Les bas-reliefs en céramique d’Héloïse Rival se situent quelque part entre le cadre, la sculpture, le vase et le vide-poche. Les œuvres empoignent leur hybridité pour faire naviguer le spectateur entre le conte et l’intime, pétries d'une Nature tantôt douce, tantôt inquiétante. Et si le résultat est un produit épais et émaillé, il n’en perd pas moins la spontanéité d’une pratique de dessin qui suivrait l’élan d’une rêverie.

Un généreux échantillon de la pratique d’Hélène Drénou invite le spectateur à venir s’installer confortablement dans l’intimité de ses peintures aux formes moelleuses. Un peu naïves, très colorées, ces compositions prennent vie ensemble, comme une symphonie aux motifs et aux procédés décomplexés. Maëlle Maisonneuve offre un univers plus réservé, où l’impulsion se voit doublée de l’imprévu, résultat d’un jeu avec le support, les matériaux, le geste. Elle lie sensibilité et économie de moyens dans l’élaboration d’images énigmatiques et drôlatiques.

Aurélie Gravas, Hélène Drénou, Héloïse Rival, Maëlle Maisonneuve
Un paon se plaignant à Junon
Fondation Moonens     
50 rue Philippe de Champagne   
1000 Bruxelles 
Jusqu’au 26 septembre         
Du samedi au dimanche de 15h à 17h (ou sur rendez-vous) 
https://www.moonens.org/ 

Manon Paulus

Journaliste

Formée à l’anthropologie à l’Université libre de Bruxelles, elle s’intéresse à l’humain. L’aborder via l’art alimente sa propre compréhension. Elle aime particulièrement écrire sur les convergences que ces deux disciplines peuvent entretenir.