Un tableau volé retourne à Leuven après 25 ans

Muriel de Crayencour
16 juillet 2021

Un tableau de Pieter Jozef Verhaghen, volé il y a 25 ans, est de retour à l'Abbaye de Parc à Louvain.

Le 16 décembre 1996, les pères prémontrés (aussi appelés norbertins) de l'Abbaye de Parc ont été victimes d'un vol d'œuvres d'art. Les voleurs sont partis avec deux tableaux de l'église de Saint-Jean l'Évangéliste : Les Disciples d'Emmaüs et Rebecca donne à boire à Eliézer, tous les deux peints de la main du peintre Pieter Jozef Verhaghen. 25 ans plus tard, une des deux œuvres réapparaît à Paris. 
 
"Nous sommes ravis qu'après 25 ans, cette œuvre soit retrouvée, déclare le prieur Jozef Van Osta, et ce, en cette année spéciale de célébration pour l'ordre des prémontrés." Cette année, l'ordre des prémontrés célèbre son 900e anniversaire. Cet événement sera fêté dans le monde entier par de nombreuses activités. Dans l'Abbaye de Parc se déroule l'exposition rétrospective Comme l'éclair - 900 ans de l'ordre des Norbertins. L'œuvre y a reçu une place d'honneur.

"Le fait qu'un tableau comme celui de l'Abbaye de Parc refasse surface est unique, quand on sait que seuls 5 % des vols d'œuvres d'art sont résolus, déclare Lucas Verhaegen, de la Police judiciaire fédérale. La plupart des ventes publiques d'œuvres d'art ont un catalogue en ligne. En parcourant ces sites, nous trouvons régulièrement des objets volés." C'était aussi le cas pour le tableau volé de l'abbaye. En 2012, la police française a retrouvé l'œuvre sur un site de vente aux enchères. Après de nombreuses pérégrinations, l'œuvre est tombée entre les mains d'un antiquaire français qui souhaitait la vendre en ligne. Cependant, ce n'est qu'à l'été 2020 que les pères de l'Abbaye de Parc en ont été informés.

Amener le tableau volé en Belgique en cette année particulière de Covid ne fut pas une sinécure pour le musée Parcum et l'abbaye. En raison des mesures strictes, le transport a dû être reporté à plusieurs reprises. Pendant longtemps, il n'a pas été possible de savoir quelle œuvre d'art était concernée et dans quel état elle se trouvait. Le Tribunal de Paris, chargé de la restitution de l'œuvre, n'a en effet pas été autorisé à déballer ou à photographier l'œuvre.

Les prémontrés avaient une grande affinité avec le peintre Pieter Jozef Verhaghen. Entre les années 1770 et 1790, Verhaghen a réalisé de nombreuses commandes pour l'ordre. "L'Abbaye de Parc possède la plus grande collection de peintures de Pieter Jozef Verhaghen encore conservées sur site, déclare Stefan Van Lani, coordinateur des politiques à l'Abbaye de Parc. La collection est à nouveau plus complète. Nous espérons que le deuxième tableau volé sera également retrouvé. L'année de fête des prémontrés serait l'occasion idéale pour ça."


Pieter Jozef Verhaghen (1728-1811) était un peintre des Pays-Bas du Sud et est considéré comme le dernier peintre de l'école de Rubens. Né à Aarschot, il a surtout réalisé de grands tableaux d'histoire avec des thèmes religieux et mythologiques. Ses principaux mécènes étaient les églises et les abbayes, notamment les prémontrés. Son fils Georges (1764-1841) rejoindra plus tard les prémontrés de l'Abbaye de Parc et deviendra même leur prieur.

Le tableau Rebecca donne à boire à Eliézer cite un passage de l'Ancien Testament (Genèse 24). Il raconte comment Abraham, le père d'Isaac, ordonne à son serviteur Eliézer de trouver une épouse pour Isaac. Assoiffé, Eliézer s'arrête à un puits. Rebecca lui donne à boire. Alors Eliézer décide de prendre avec lui Rebecca comme épouse pour Isaac.

Comme l'éclair. Les 900 ans de l'ordre des norbertins
Parcum
Abdij van Park 7
3001 Leuven
Jusqu'au 29 août
Du mardi au dimanche de 10h30 à 17h
www.parcum.be

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo, Marianne Belgique et M Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et sur la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.