Une collection américaine à Paris

Muriel de Crayencour
22 janvier 2014
Marlene et Spencer Hays ont commencé à acheter de l’art au début des années 1970. Ils s'intéressent d'abord à la peinture américaine de la fin du XIXe et du début du XXe. Puis ils élargissent le champ de leurs investigations découvrant les Nabis au début des années 1980. Ils tombent amoureux de Paris et des impressionnistes, particulièrement Vuillard, Bonnard, Maurice Denis, Maillol…

Tous les deux nés dans un milieu modeste, ils n’ont reçu aucune éducation à l’art. C’est pour décorer la première maison, que Marlene se rend à New York avec son décorateur. En rentrant elle montre à son mari un ektachrome d’un tableau qu’elle souhaite acheter. Son mari s’effrayant du prix demandé pour une image, elle lui répond : « Ce n’est pas une image, il s’agit d’une peinture. »

« Ce fut notre première acquisition », raconte Marlene Hays. … « Nous avons continué, en apprenant au fur et à mesure. Dans la petite ville où nous avons grandi, il n’y avait rien sur l’art. On ne l’enseignait pas et nos parents ne s’y intéressaient pas. Le musée le plus proche était à 120 km. »

Au musée d’Orsay, c’est un très bel ensemble d’œuvres nabis et impressionnistes qui est à découvrir, habituellement accroché aux murs des demeures des Hays. Beaucoup de dessins(Vuillard, Maillol, Manet, Degas), des toiles représentant des intérieurs intimistes, comme « Mademoiselle Jacqueline Fontaine », aux jours rouges, adossée à une bibliothèque, par Vuillard ; des natures mortes, dont un Homard posé sur un marbre blanc, par Gustave Caillebotte ; des nus (Degas, Maillol) ; des scènes bucoliques, comme Le Printemps et L’automne ou le délicieux Goûter sur la cale, soir, de Maurice Denis.

En entrant d’exposition, on est accueilli par une large toile, remarquable, Les saltimbanques, de Fernand Pelez. D’un naturalisme étrange et ironique, il représente une belle bande, du petit acrobate au clown en passant par quels musiciens émêchés.

On pointe une huile sur bois de Matisse : La blouse blanche brodée, l’érotique Les bas rouges, d’Albert Marquet. Ou Le buisson rouge, d’Odilon Redon, d’un symbolisme prenant, accentué par le cadrage particulier.D’Alfred Stevens, Femme à la fenêtre nourrissant des oiseaux est une scène d’intérieur intimiste, où le talent du peintre éclate dans la représentation de l’organdi blanc de la robe et de la faïence chinoise de la théière. Penchez vous avec tendresse sur la longue toile « La sœur aînée » de James Tissot. Et si vous croisez un élégant septuagénaire en costume gris trois pièces, lunettes cerclées de métal et canne à pommeau d’argent, dont le rythme de contemplation est bien plus long que celui des autres visiteurs… si vous le recroisez au Café Campana en train de parlez aux serveurs, sachez que vous venez d’effectuer la visite avec Spencer Hays, qui vient admirer ses bébés tous les jours que Dieu fait.
Une passion française.
La collection Marlene et Spencer Hays
Musée d’Orsay
Paris
www.musee-orsay.fr

Paru en juin 2013 dans L'Echo

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo, Marianne Belgique et M Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et sur la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.