Une exposition qui a du chien à la Galerie Sterput

Oriane Thomasson
08 octobre 2021

Projet artistique associatif installé à Bruxelles dans un lieu dénommé le Sterput, l’asbl E2 organise expositions, ateliers créatifs, focus sur la micro-édition, et autres manifestations culturelles tout au long de l’année. Espace de rencontre et de diffusion d’artistes émergents et confirmés venus de tous horizons, le Sterput promeut un art contemporain alternatif et hors normes.

Le titre même de l’exposition Dog’s life is a smell and every day is an aroma amène déjà sur les lèvres du spectateur un sourire qu’il est difficile de réprimer. Les illustrations et tapisseries de Marine Pascal, s’associent aux gouaches sur papier cigarette de Samuel Trenquier, dans une exposition dont le dénominateur commun est la perception sensorielle du monde par nos compatriotes canins, les chiens. Les deux artistes, usent du détournement et l’incongruité pour distiller un humour jouissif, que le spectateur peut apprécier notamment avec des œuvres légendées comme : le complexe de la baballe, hut dog, réflexion sur la condition canine ou encore Le grand toutoulala. Une harmonie précaire s’installe, un accord tacite se fait sentir aux narines du spectateur, qui est immédiatement gagné par l’importance qu’il sent d’élargir son horizon, et d’ouvrir ses perspectives au regard que la race canine peut porter sur le monde.

Plus sérieusement, Marine Pascal est artiste plasticienne, éditrice, graphiste et vidéaste vivant à Bruxelles. Les peintures et collages acryliques que l’on peut voir à la galerie Sterput sont assaisonnées de calembours savoureux, et les tapisseries que l’artiste réalisent se jouent des formats pour les déborder, ce que l’artiste avoue elle-même avec dérision en intitulant une de ces œuvres moi-même je n’ai pas tout compris.

Samuel Trenquier est un artiste né au Gabon, qui vit et travaille à Bruxelles. Sa pratique protéiforme relève aussi bien de la sculpture, de l’installation que du dessin. Il donne à voir des gouaches réalisées sur du papier cigarette d’une grande finesse, ouvrant des espaces mentaux où se côtoient résidus d’exotisme, objets quotidiens, motifs ornementaux et éléments naturels. L’exotisme est bien présent dans cet oscillement qui crée le décalage nécessaire, où l’étrange prend place dans un contexte familier, et devient de la sorte exo-tique. L’artiste bruxellois mime la posture du collectionneur fou, à la fois savant, anthropologue, archéologue, fanatique fantastique, et dispose dans l’espace fragile de la feuille, une ribambelle d’éléments qui forment un paysage sémiotique déroutant pour l’œil. On retrouve l’enfer où brûle le sens, tout en conservant une forme de narration hallucinée présente chez Bosch, et plus récemment dans les œuvres du collectif HELL'O Monsters. La jungle culturelle qu’il dépeint avec une grande maîtrise est pleines d’allusions et de symboles, que l’artiste dispose astucieusement, tels des fétiches de la culture occidentale, dont il nous fait l’offrande.

La poésie est omniprésente dans l’exposition, et circule librement, comme un courant d’air à travers toutes les œuvres exposées, qui s’anime sous son souffle grâce à leurs légèretés.

 

Dogs life is a smell and everyday is an aroma
Marine Pascal & Samuel Trenquier
Sterput 
Rue de Laeken, 122
1000 Bruxelles
Jusqu'au 24 octobre  
www.sterput.org

Oriane Thomasson

Journaliste

Articles de la même catégorie