Vanriet, storyteller

Muriel de Crayencour
19 mars 2015

Artiste anversois né en 1948, Jan Vanriet fut l’artiste mit en exergue à l’ouverture de la galerie Roberto Polo en novembre 2012. C’est sa deuxième exposition en ces lieux.

On découvre une galerie dont la surface a presque doublé, avec l’adjonction du magasin voisin. Un fameux espace, spectaculaire, sur trois niveaux. Les grands formats de Jan Vanriet y trouvent place avec limpidité.

Dès l’entrée, ce sont d’immenses toiles représentant des morceaux de viandes rouges, sanguinolents. C’est une métaphore du parti socialiste, explique en souriant Roberto Polo. Ici, les promesses (viande très rouge); là, les déceptions (viande devenue noire). Au-delà de cette symbolique un peu frontale, voire anecdotique, on savoure le plaisir que l’artiste a eu à peindre à grand trait, très très agrandis, ces morceaux de chair. La texture, la couleur, le geste du pinceau suffiront à notre bonheur.

Jan Vanriet aime les livres, la poésie, le langage et la relation de celui-ci avec les images. Il est peintre mais aussi poète. Sa peinture est une plongée dans la mémoire, encore et toujours. De la même tribu de peintres que Luc Tuymans, il a sans discontinuer peint des toiles en un style réaliste narratif qu’on pourrait aussi qualifier de romantique.

Vanriet est habité par son histoire familiale, intime, mais aussi par l’Histoire avec un grand H dans laquelle le destin de ses parents et grands-parents s’inscrit, par la tragédie de l’Holocauste. C’est en évoquant ceci que ses propositions sont les plus narratives.

Ainsi, utilisant des photos anciennes, il peint un couple dansant joue contre joue, ou un militaire musicien tenant sa clarinette en main. Le motif du couple revient dans plusieurs toiles, occasions multiples qu’il se donne de travailler des fonds variés, des échelles différentes.

Un grand format au sous-sol présente un bracelet en or, aux larges chevrons. Big Bracelet est à la fois une occasion de se confronter à un rendu des matières complexe, travaillé avec des reflets et une manière d’évoquer délicatement son histoire, puisqu’il s’agit d’un bracelet ayant appartenu à sa mère. Pour d’autres toiles sur ce même thème du bracelet, il décompose les reflets, les transforme en couleur pure : jaune vif, noir ou en quadrillage abstrait.

Dans certaines toiles comme Opéra Black, Opéra Blue ou des bouquets de fleurs, on sent que l’artiste se laisse aller au bonheur de la belle image. Et pourquoi pas ? Pour d’autres, comme Emptiness 3, ou The Promise, ou Halali, Man, la composition tend à traduire une émotion intense : tristesse ou angoisse. Pointons une autre série, The Visitor, reprenant un ou deux personnages dans le cadre d’un musée comme le MuZee, Kunsthaus, la galerie Yvon Lambert, le Wiels : perdus dans un espace immense, ces personnages deviennent eux-mêmes des œuvres, hiératiques au milieu des pièces exposées.

 

Vanity
Jan Vanriet
Roberto Polo Gallery
8 - 12 rue Lebeau
1000 Bruxelles
Du mardi au vendredi de 14h à 18h, samedi de 11h à 18h

Jusqu’au 19 avril
www.robertopologallery.com

 

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo, Marianne Belgique et M Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et sur la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.