Vaughn Spann, il n’y a pas de fumée sans feu.

Manon Paulus
18 septembre 2020

À 28 ans seulement, il présente une sélection inédite de peintures pour sa seconde exposition personnelle à la galerie Almine Rech. Après New York, Vaughn Spann débarque à Bruxelles. Allons à la rencontre du travail de ce jeune artiste déjà très courtisé.

Diplômé de la prestigieuse université de Yale en 2018, Vaughn Spann fait beaucoup parler de lui. Peintre tantôt figuratif, tantôt abstrait, il surprend par l’originalité et la fraîcheur de ses propositions. Loin d’un travail rationalisé et aseptisé, sa peinture apparaît franche et profondément ancrée dans l’expérience du monde contemporain, tout en assumant la dimension politique de ce qu’implique vivre aujourd’hui en tant qu’humain, Américain et Noir. Par exemple, la série Marked Man avec son X gigantesque au milieu de chaque toile, parle, d’une part, de son intérêt pour l’iconographie et l’abstraction et, d’autre part, de ses expériences de contrôles de police, le X rappelant la position du corps pendant une fouille. Pour autant, l’artiste ne veut pas imposer une seule lecture de ses œuvres, qu’il laisse se recomposer dans l’intériorité des spectateurs, entre vécu et mémoire collective.

Pour cette exposition intitulée Smoke Signals (signaux de fumée), nous retrouvons de larges pièces abstraites faites de matériaux mixtes. Nous sommes frappés par sa capacité à se renouveler dans des univers artistiques bien différents : du déferlement magmatique au diptyque explosif à formes géométriques. Au-delà de ses qualités picturales, Spann travaille la peinture en tant que matière brute. Cloques informes recouvrant les toiles, motifs de briques comme trames de fond : il ne peint pas que par la couleur, mais tente aussi d’exploiter toutes les potentialités plastiques que lui offre la peinture. Son art prend ainsi forme entre deux pôles plastiques : l’un rêche, dur, foncièrement physique ; l’autre fluide, léger, presque volatile, comme lorsqu’il fait usage de toile de soie légère, peinte puis placée par-dessus certains tableaux, ou encore quand il fait couler la peinture directement sur la toile.

Dans la première série de tableaux, dont les titres font référence à des évènements météorologiques (Stormy, Firestorm, Flood, etc.), les tons - rouges et bleus, très vifs - se rapportent à deux éléments opposés, extrêmes et indispensables à la vie : le feu et l’eau. En écho à cette couleur rouge vif, plusieurs tableaux arborent le motif d’une sphère incandescente. De ces motifs émerge un sentiment de bouillonnement interne, de saturation d’énergie – et l’on songe au soleil, ou au centre de la Terre. L’un d'eux, titré Tango, semble suggérer la danse frénétique et infinie de deux astres de feu, tandis que les premières toiles paraissent jaillir d’un noyau de magma en fusion. Cette opposition feu/eau, tout comme l’opposition rêche/lisse suscitée, positionnent le travail de Spann comme extrêmement tendu, bouillonnant et prêt à exploser.

Vaughn Spann
Smoke Signals
Almine Rech
20 rue de l'Abbaye
1050 Ixelles
Jusqu'au 10 octobre
Du mardi au samedi de 11h à 19h

https://www.alminerech.com/

Manon Paulus

Journaliste

Formée à l’anthropologie à l’Université libre de Bruxelles, elle s’intéresse à l’humain. L’aborder via l’art alimente sa propre compréhension. Elle aime particulièrement écrire sur les convergences que ces deux disciplines peuvent entretenir.