Viewing Depot, chez Vanhaerents

Muriel de Crayencour
06 septembre 2019

Fondée en 2006 par Walter Vanhaerents et ses enfants, la Vanhaerents Art Collection est une organisation culturelle qui a pour mission de collectionner, préserver, exposer et encourager l'appréciation et la compréhension de l'art contemporain. Située dans un ancien bâtiment industriel au centre de Bruxelles, elle est ouverte au public. Nous vous en parlions déjà lors de la biennale de Venise 2015. Elle a ouvert il y a quelques mois une nouvelle exposition qui sera visible cinq ans.

Walter Vanhaerents est une figure connue des grands collectionneurs bruxellois. A ce titre, il a participé en 2017 à l'exposition Private Choices à la Centrale, qui présentait onze collectionneurs de Bruxelles. 

Viewing Depot présente les œuvres de la collection comme si elles étaient stockées dans un dépôt. Certaines œuvres sont encore enfermées dans leurs caisses, d'autres émergent d'une boîte dont seul un côté est ouvert, d'autres encore sont exposées de manière plus classique. Les peintures se trouvent dans un espace réservé, climatisé, suspendues sur des racks. "Depuis 2007, nous avons organisé une exposition tous les trois ans. De nombreuses œuvres dont celles nouvellement acquises sont restées dans des caisses. Il était temps de faire un inventaire. J'ai découvert cette manière d'exposer au Schaulager, le bâtiment de la collection de la famille Hoffmann, à Bâle," explique le collectionneur. C'est aussi l'occasion de faire un inventaire de l'état des œuvres, éventuellement de faire fabriquer de nouvelles boîtes de transport. Les visiteurs déambulent entre les caisses, dont certaines servent de socles. "Il y a déjà tellement d'expositions, j'aime bien l'idée de réduire le nombre de choses à voir", ajoute-t-il. 

Dès l'entrée, une grande peinture sur écran de David Hockney, cet artiste de plus de 80 ans qui n'a pas hésité à intégrer dans sa pratique la peinture sur écran. Sur deux étages, dans le grand espace central de l'entrepôt, voici quelques géants de David Altjmed, entourés de plastique et emballés dans leur caisse...
Ils n'en restent pas moins menaçants. Une œuvre d'Ivàn Navarro, Kickbackkickbackkickback, comme
un puits sans fond, est encore dans sa boîte, mais allumée. Bruce Naumann côtoie Jean-Marie Appriou, Christian Boltanski, Ugo Rondinone, Allan Mc Collum et d'autres. Près de 50 œuvres de grand format sont visibles. Dans plusieurs espaces annexes, plus petits, les photographies de Francesco Vezzoli de la série Je t'aime sont mises en scène avec un grand rideau de velours rouge. 

"Le Boijmans Van Beuningen de Rotterdam, actuellement en travaux, est en train de construire un dépôt, immense bâtiment en forme d'oeuf, dont la surface sera recouverte de feuilles de métal argentées. Son équipe est venue voir comment les œuvres étaient présentées ici, à la fois stockées et présentées," raconte encore le collectionneur. Walter Vanhaerents aime les œuvres de très grand format. Des œuvres qu'il se dit disposé à prêter à long terme à une institution telle que Kanal. "Le projet est très politisé, c'est vrai, mais on doit voir ce que ça devient. De toutes façons, il est trop tard pour faire demi-tour," poursuit-il.

A Venise

Nous vous en avions déjà parlé ici. L'œuvre de James Lee Byars, The Death of James Lee Byars, est installée à Venise jusque fin novembre, à l'occasion de la 58e Biennale. Achetée dans la galerie de Marie Puck Broodthaers en 1994 et installée au centre de son dépôt pour deux des expositions précédentes, cette œuvre majestueuse a été reconstruite dans la nef centrale de la Chiesa di Santa Maria della Visitazione.

Se sachant malade, Byars s'était construit une sorte de temple, lieu de recueillement, cocon doré, où il pouvait venir se reposer. Pour cela, il avait recouvert les murs de la galerie de la fille de Marcel Broodhaerts, à Bruxelles, de feuilles d'or. Au centre est placé un petit socle de la taille d'un homme, lui-même recouvert de feuilles d'or. L'artiste vient de temps en temps s'y allonger, non pas mort mais bien vivant, recouvert de quelques feuilles d'or si fines qu'elle se détachent et volent dans l'espace. C'est un temple à la vie, à la fragilité, à l'impermanence. Vanhaerents a acheté cette pièce sans jamais rencontrer l'artiste, qui est décédé peu de temps après.

Pour exposer dans une église à Venise, ce n'est pas simple. Il faut converser et négocier avec le prêtre curateur en charge des églises, chapelles et cloîtres de Venise. C'est un long processus, qui a pris près de deux années. "Comme le processus est très lent et que je suis control freak, je préfère faire un projet à Venise tous les 4 ans," raconte le collectionneur.

La création The Death of James Lee Byars a été reconstruite dans des proportions en harmonie avec celles de l'église. L'installation crée un chœur doré qui fait face au chœur de l'église. On sent deux pôles autour desquels l'énergie circule. L'or - de multiples feuilles d'or installées une à une sur les parois, sans être complètement collées - déploie la profondeur de sa couleur et un chatoiement qui vibre doucement sous la lumière du jour qui passe. L'installation est jumelée avec une œuvre sonore de Zad Moultaka. Cet artiste libanais compose principalement pour des installations sonores dans le champ de l'art contemporain. Vocal Shadows reprend des textes de l'Egypte ancienne - culture qui fascinait James Lee Byars (il s'est d'ailleurs installé devant les pyramides du Caire pour y passer ses dernières heures de vie). L'ensemble dégage une spiritualité puissante, chargée, loin de toute religiosité. On peut donc créer un objet qui élève les yeux, le cœur et l'âme vers une sensation ou une idée du sacré, sans être vissé à quelques dogmes. Passionnant à expérimenter.

Vanhaerents Art Collection
Sur rendez-vous
www.vanhaerentscollection.com 

Chiesa di Santa Maria della Visitazione
Vaporetto stop : Zattere
Jusqu'au 24 novembre

 

 

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo et Marianne Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et de la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.

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