World Press Photo 2018 : pour ne pas oublier

Astrid Jansen
14 novembre 2018

L’adage veut qu’une photo vaille mille mots et pourtant chaque cliché du 61e prix World Press Photo est obligatoirement porté par des milliers de mots. Ces explications et leurs images sont à découvrir à La Cité Miroir à Liège jusqu’au 31 janvier 2019.

Tout le monde connaît L’homme de la place Tian’anmen ou encore L’homme au char. Cet inconnu est devenu une figure iconique de la lutte des étudiants chinois contre la répression militaire de 1989. De ce moment historique, immortalisé par une poignée de photo journalistes, on retient surtout l’image de l’américain Jeff Widener. Ce jour-là, la police chinoise s’est infiltrée dans la chambre d’hôtel d’où elle avait été prise afin de confisquer le matériel du photographe. Heureusement, ce dernier avait réussi à en cacher une partie dans les toilettes.

Depuis 1955, le concours annuel de photo journalisme sélectionne les images de presse les plus marquantes de l’année écoulée et les présente en précisant leur contexte, en racontant leur histoire. Ce sont elles les réelles protagonistes, ces histoire qui portent les clichés. À force d’être chaque jour, par mille stimuli, frappés par l’actualité, nous ne retenons plus l'essentiel. C'est pour ne pas oublier que le World Press Photo se penche sérieusement sur cette actualité qui défile à une vitesse éclair et malsaine sous nos yeux.

Cette année, près de 73 000 dossiers ont été présentés parmi lesquels 160 clichés ont été retenus. Le premier prix revient au Vénézuélien Ronald Schemidt qui montre un homme en feu lors d'une manifestation contre le président Maduro. Mais il existe d'autres prix à travers plusieurs catégories (Sport, Nature, Environnement, Actualité, Information Générale, Spot d'informations, Sujets contemporain et Projets à long terme). Comme toujours depuis 1955, les photos sont toutes interpellantes. Comme toujours depuis 1955, certains travaux seront critiqués pour leur esthétique trop soignée face à une réalité dure. Il faut néanmoins se rendre compte qu'à l'heure des Smartphone, plus que jamais auparavant, la qualité est nécessaire pour emporter un public ! Cette année, les sujets représentés sont particulièrement violents : crise des Rohingyas en Birmanie, attentat de Westminster à Londres, manifestation mortelle à Charlottesville en Virginie, crise des migrants, libération de Mossoul, crise au Venezuela, braconnage, pollution et missions kamikazes de Boko Haram au Nigeria. À noter que c'est un photographe d'origine liégeoise, Alain Schroeder, qui a gagné le 1er prix de la catégorie Sports Stories avec sa série Kid Jockeys. Mais il est impossible et insensé de résumer ici cette exposition - et le catalogue qui l'accompagne - tant chaque photo, sans exception, est riche de sens, de bruits et d'évènements.

Depuis plus de 60 ans, la World Press Photo Foundation soutient le développement du photo journalisme à travers l’organisation d’un grand nombre de manifestations qui lui sont dédiées. Son concours annuel, événement majeur pour la profession, a acquis quant à lui, une renommée mondiale et prestigieuse. Les valeurs fondamentales défendues par la fondation sont la précision, la transparence et la diversité. Elle s’oppose à toutes formes de discriminations, que ce soit dans le choix des photographes ou des images. Ce qui compte c’est la qualité de l’image et l’histoire qu’elle raconte.

 

World Press Photo 2018
La Cité Miroir
22 place Xavier-Neujean
4000 Liège

Jusqu'au 13 janvier 2019
Du lundi au vendredi de 9h à 18h, samedi et dimanche de 10h à 18h

www.citemiroir.be

 

Astrid Jansen

journaliste

Licenciée en journalisme de l’IHECS et titulaire d’un master en science politique de l’ULB, Astrid Jansen s'est spécialisée dans le cinéma et le monde culturel belge. Depuis 2012, elle écrit pour le journal L’Avenir et collabore régulièrement avec la radio publique La Première, le magazine culturel Mu-in the city ainsi que la revue française Les Fiches du Cinéma. Outre ces missions régulières, elle dit rarement non aux propositions qui peuvent enrichir son parcours, tels que des jurys (BIFFF, Toronto, Anima…) et autres missions culturelles ponctuelles.