Yves Beaumont, élément air

Muriel de Crayencour
02 février 2020

C'est la deuxième exposition de la toute jeune Schoonjans&Vandenbussche Gallery, qui présente aujourd'hui le peintre ostendais Yves Beaumont, jusqu'au 22 février. 

Michèle Schoonjans s'est longtemps occupée de la Fondation Corneille, tout en étant PR indépendante dans le domaine culturel, et entre autres, encore aujourd'hui, pour Art'Contest. Elle s'occupe aussi de la Fondation Albert Dupuis. Sofie Van den Bussche est une curatrice et consultante en communication indépendante. Elle a, entre autres, travaillé pour B.Art Gent. Toutes deux ont décidé de se lancer ensemble dans l'aventure d'une galerie. C'est chose faite, depuis novembre 2019, au Rivoli Building.

Aux cimaises de la galerie, les petits tableaux d'Yves Beaumont (1970, vit et travaille à Ostende). L'artiste a étudié à l'Académie royale des Beaux-Arts de Gand, où il est notamment formé par Karel Dierickx, Marc Maet, Jean Bilquin et Werner Cuvelier. En 1995, à seulement 25 ans, il expose en solo au Mu.Zee d'Ostende. Et plus tard au Musée de Deinze.

Que dire du paysage ?

Vers 450 av J.C., Empédocle d'Agrigente élabore une théorie dite des quatre éléments, particulièrement importante car elle restera couramment admise jusqu'au XVIIIe siècle, bien que souvent améliorée. Selon cette théorie, toute substance est faite de 4 substances primordiales et indestructibles : l'eau, l'air, le feu, la terre.

Vers 350 av J.C., Aristote reprend et complète la théorie des 4 éléments en y associant deux couples de propriétés contraires : froid/chaud, sec/humide. Ainsi, la terre est-elle humide et chaude, l'eau, humide et froide, l'air, froid et sec, le feu, chaud et sec. D'après Aristote, on passe d'un élément à un autre en modifiant ses propriétés. Ainsi apparaît l'idée de transmutation des éléments, qui va constituer une préoccupation centrale de l'alchimie occidentale pendant plusieurs siècles.

Si, aujourd'hui, la science a pris le pas sur l'alchimie, les questionnements sur la transmutation sont restés centraux chez les artistes. La schématisation du monde d'Empédocle pouvant être lue aujourd'hui comme une proposition d'une grande poésie. La poétisation du monde reste une mission urgente et les artistes le savent ! 

Yves Beaumont s'intéresse à la représentation du paysage. Le paysage convoqué ici est fait d'une ligne d'horizon qui tranche la toile en deux zones. En haut, le ciel ; en bas, la terre, l'herbe, le champ, une forêt, ce que vous voulez. Nous y revoilà ! Deux des quatre éléments. Comment représenter l'air ? En l'opposant à son contraire, la terre. Comme montrer la densité de la terre ? En traçant une ligne entre cette densité et la légèreté de l'oxygène qui la surmonte. Beaumont fait cela avec beaucoup de talent. Voyez ce paysage vert foncé, dont la végétation est rendue par la texture de la peinture. Et le ciel rayé de longs nuages qui montent un peu en diagonale. 

Voyez cette autre toile, où l'élément terre semble s'être presque dilué dans l'air, puisqu'on n'aperçoit plus qu'une mince ligne de crêtes, verte et jaune, sur un fond travaillé de blancs salis de jaune, de gris, comme la sensation d'un jour de brouillard. Ou cette grand toile carrée rouge, au rez : la terre, rouge, texturée, féconde. Entre air et terre, le feu de l'artiste, peut-être. A voir. 

Yves Beaumont
Escapes 2009-2019
Schoonjans&Vandenbussche Gallery
Rivoli Building #25
690 chaussée de Waterloo
1180 Bruxelles
Jusqu'au 22 février
Du jeudi au samedi de 14h à 18h

https://www.schoonjansvandenbusschegallery.be/

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo, Marianne Belgique et M Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et sur la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.