Le souffle de Zhu Tian Meng

Oriane Thomasson
04 février 2022

L’artiste Zhu Tian Meng expose à nouveau à la Galerie Faider. Des grands formats de papier de riz marouflés sur toile, à ceux encadrés de plus petites dimensions, le spectateur y retrouve des œuvres à l’encre noire que l’artiste a réalisées durant le confinement.

Né à Shanghaï en Chine, Zhu Tian Meng vit en Belgique depuis plusieurs dizaines d’années. L’artiste se tient ainsi au carrefour de deux civilisations, dans lesquelles il puise son inspiration. S’il est profondément imprégné par la littérature occidentale, l’artiste doit à la Chine sa capacité à se laisser traverser par le Qi, ce souffle vital qui anime et transforme toutes choses en les liant les unes aux autres. Ce flux d’énergie est essentiel à la pratique de la calligraphie, qui engage l’entièreté du corps et où l’harmonie résulte de sa bonne circulation. Toute la force de ce souffle se traduit dans la gestuelle de Zhu Tian Meng, traversant son corps jusque sur le papier. Et puisqu’il est énergie, ce mouvement qui unit intimement le peintre à sa toile est immédiatement sensible, et continue de circuler entre le spectateur et l’œuvre. Pour Zhu Tian Meng, penser la relation entre l’œuvre et le spectateur est en effet crucial. Et si l’artiste ne donne pas de titre à ses toiles, c’est pour permettre à celui qui les contemple de vivre sa propre expérience, sans qu’aucun obstacle interprétatif ne vienne se glisser entre son œil et la peinture.


L’artiste se fabrique lui-même de larges pinceaux qui lui permettent d’obtenir cette si belle densité de noir sur ses grands formats. La tension obtenue par l’équilibre des masses et des volumes y est palpable. Comme un fleuve dont le courant parfois se concentre pour mieux se relâcher ensuite, l’énergie y circule toujours, ici avec force, là avec douceur. De fait, on est saisi par cette puissance, par ces noirs massifs qui font pleinement exister les zones de réserve. De même que dans la culture chinoise, le vide n’est jamais vide mais lieu de passage, les blancs du papier laissés par le peintre existent intensément. 

On est tout aussi séduit par de plus petits formats encadrés, où la matérialité du papier de riz transmet soudain une fragilité, comme un doute. Dans cette sensibilité, un rapport plus intime se noue. D’une grande finesse également, Zhu Tian Meng a publié un petit livre à la couverture rouge vif qui explore les relations des mots à l’image, à découvrir à la Galerie Odradek en même temps qu’une vidéo et d’autres œuvres de l’artiste. 

 

Zhu Tian Meng 
Galerie Faider 
12 rue Faider 
1060 Bruxelles 
Jusqu’au 19 février 
Du mercredi au samedi de 14h à 18h 
http://www.galeriefaider.be/ 

Oriane Thomasson

Journaliste

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