Zhu Tian Meng, le noir prime

Muriel de Crayencour
24 mai 2019

Zhu Tian Meng revient à la Galerie Faider après une pause de huit années. On y voit aujourd'hui, et jusqu'au 8 juin, un travail à l'encre et à l'acrylique d'une grande puissance.

Né en 1962 à Shanghaï, Zhu Tian Meng vit depuis trente ans en Belgique. Au début, il n’avait aucune intention d’étudier à Bruxelles, ni de s’y installer. Diplômé de l’Institut d’Art textile de Shanghaï en 1981, il démarre sa carrière professionnelle en combinant expositions et cours, tout en découvrant avec fascination les littératures contemporaines occidentales. Imbibé de ses lectures de Sartre, Camus et Kafka, il arrive à Bruxelles fin 1989 à l’âge de 27 ans, “juste pour l’art, dans un élan très idéaliste, quasi héroïque, à l’image de l’éducation que j’ai reçue !”

Toujours sur papier japonais, Zhu Tian Meng pose l'encre avec un large pinceau. Comme pour tout calligraphe, le geste prime. Il s'agit d'être là, entièrement présent dans la main, le bras, le corps. Il s'agit de transmettre sur le papier cette énergie qui emplit ce corps, le fait à la fois osciller et tenir debout. L'artiste cherche le geste juste en multipliant les dessins. D'une centaine de ceux-ci, l'artiste en sort un ou deux qu'il aime, dans lesquels il lui semble que l'énergie a été rassemblée et s'exprime. Ensuite, ce papier fin sera marouflé sur toile. On y voit, autour de la forme noire, le vide qui l'entoure, le cadre de la toile. C'est l'équilibre entre tous ces éléments qui est à voir par le visiteur. L'œil est emporté. "Je ne donne jamais de titre à mes œuvres, dit Zhu Tian Meng, je ne veux pas influencer la perception du visiteur."

Zhu Tian Meng aime à expliquer qu'il marie deux univers, deux mondes. Sa formation en Chine et en Belgique, la tradition de la calligraphie chinoise et la force de la peinture occidentale. Dans ses grandes toiles, la puissance du noir et du geste priment. Dans les petits formats, soudain le corps apparaît. Une présence autre que celle de l'encre noire. Quelque chose de plus émotionnel, plus charnel, qui résonne avec le geste du calligraphe. A l'étage, on voit des grandes peintures où la couleur advient, de grands aplats de jaune, qui font comme des champs de fleurs. Le noir n'est plus seul. Force et équilibre se dégagent de chacune de ses propositions. Zhu Tian Meng cherche encore et toujours à marier Orient et Occident, les origines et le présent, l'enfance et la vie d'adulte, le zen et la peinture incarnée. C'est un chemin qui jamais ne finit. A voir !

 

Zhu Tian Meng
Galerie Faider

12 rue Faider
1060 Bruxelles
Jusqu’au 8 juin
Du mercredi au samedi de 14h à 18h
http://www.galeriefaider.be/

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Muriel de Crayencour

Rédactrice en chef

Voir et regarder l’art. Puis transformer en mots cette expérience première, qui est comme une respiration. « L’écriture permet de transmuter ce que l’œil a vu. Ce processus me fascine. » Philosophe et sculptrice de formation, elle a été journaliste entre autres pour L’Echo et Marianne Belgique. Elle revendique de pouvoir écrire dans un style à la fois accessible et subjectif. La critique est permise ! Elle écrit sur l’art, la politique culturelle, l’évolution des musées et de la manière de montrer l’art. Elle est aussi artiste. Elle a fondé le magazine Mu in the City en 2014.